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De l’hybridité des techniques et des formes

 

Diplômée des Beaux arts de Nancy l’artiste plasticienne Astrid FESTOR, a participé à de nombreuses expositions collectives et monographiques en France et en Europe lesquelles témoignent – via les procédés stylistiques et matériels pluriels – d’un travail plastique aussi fécond qu’hétéroclite (installations, volumes, peintures, œuvres produites in situ etc.).

Si son œuvre prend des airs multiformes et exploratoires, son univers n’en demeure pas moins singulier et de fait, reconnaissable par les outils récurrents et les thématiques itératives convoqués. L’œuvre d’Astrid FESTOR est de celles audacieuses et libres qui ne sauraient se soustraire à l’imperméabilité des catégories et des médiums.

 À ce sujet, la notion d’hybridité pourrait d’ailleurs être l’une de celles qui caractérisent au mieux le travail prolifique de l’artiste puisqu’elle est en effet, présente dans les techniques et les outils usités tout comme dans ses thématiques majeures. Tel un leitmotiv, l’hybridité se retrouve de fait, d’une part, dans les techniques mixtes employées par l’artiste qui utilise alors l’ordinateur adjoint à un travail pictural (acrylique ou aquarelle mais aussi encre de chine) pour la rehausse, le remplissage ou encore le dessin. De plus, ces objets visuels à la frontière entre le digital et la peinture, s’inspirent aussi initialement d’archives photographiques qui servent souvent de point de départ à la composition. Experte dans le domaine de la production assistée par ordinateur (relative à sa seconde formation dans le domaine de l’image numérique) tout comme dans les effets et rendus de peinture, Astrid FESTOR chemine en des formats processuels qui lui donnent alors la possibilité d’explorer de nouveaux langages plastiques venant ainsi compléter et enrichir sa démarche artistique.

 

D’autre part, le motif de l’hybridité se retrouve dans les figures et les motifs de l’artiste qui évoluent et s’incarnent, telles des allégories surréalistes, en des corps composites entre humain et animal (Ombres #1, #2, #3, #4, 2012 ; Les improbables, 2011-2012) et objets du quotidien (Prises de tête, 2013 ; Les improbables, 2011-2012).

Les œuvres les plus récentes s’affranchissent parfois de ces figures mythologiques pour s’aventurer peu à peu dans le champ de l’abstraction et des formes géométriques offrant alors à la couleur, une toute nouvelle autonomie (Silenzio, 2019-2020 ; C’est ma nature, 2012-2019).

 

 

De ces compositions en constante évolution et terres d’expérimentations persistent des notions fortes et symptomatiques de l’œuvre d’Astrid FESTOR. Parmi celles-ci comptent la narration omniprésente dans ses compositions que les titres toujours mystérieux, viennent entretenir à leur tour. Ils tendent invariablement à situer l’action en des lieux précis et identifiables (séries De l’idée de sociabilité, 2020 ; C’est ma nature, 2012-2019). L’artiste dresse alors les volumes, les pleins et les vides qui composent ces endroits visités et photographiés et semble nous convier à une dérive semblable à celle théorisée par les situationnistes dès les années 1950-1960. En enclenchant cette dérive par le contact visuel des œuvres d’Astrid FESTOR, c’est en fait une réappropriation cérébrale et affective de ces espaces véridiques ou fictionnels que l’on engage.

 

L’ancrage spécifique aux lieux confèrent aux œuvres une incarnation spatio-temporelle et les imprègnent de fait, d’une certaine émotion ; la sensation du souvenir et des récits de ces instants. Finalement, c’est la palette de couleurs qui comme le fil d’Ariane, traverse l’ensemble des œuvres de l’artiste en des teintes toujours similaires gaies et légères.

 

Enfin, un autre trait symptomatique compte dans le travail artistique d’Astrid FESTOR ; il s’agit du rythme qui marque avec brio chacune des toiles et qui s’inscrit autant dans ses volumes que dans ses couleurs (en traits ou en aplats). Comme des respirations empreintes d’une énergie vitale, ces œuvres semblent célébrer la créativité organique, intuitive et s’autoriser à la fluidité. Une fluidité qui ose alors traverser les frontières des médiums et des formats tel des vaisseaux d’audace afin d’exister et d’expérimenter pleinement et sans contrainte.

 

 

Sarah Gourtay, critique et historienne de l'art

 

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